Garantie décennale : ce que tout artisan doit savoir (et mentionner sur ses devis)
Garantie décennale : ce qu'elle couvre (art. 1792 du Code civil), l'attestation à joindre aux devis et factures, et jusqu'à 75 000 € d'amende sans assurance.
La garantie décennale n'est pas une option ni un argument marketing : c'est une obligation légale issue de la loi Spinetta de 1978. Tout professionnel qui réalise des travaux de construction doit être couvert avant l'ouverture du chantier. Et depuis 2015, elle doit figurer sur vos devis et factures.
Ce qu'elle couvre, pendant 10 ans
L'article 1792 du Code civil pose le principe : tout constructeur est responsable de plein droit, pendant 10 ans à compter de la réception des travaux, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination — fissures structurelles, effondrement, infiltrations majeures, défaut d'étanchéité rendant le logement inhabitable…
Elle se complète de deux autres garanties : la garantie de parfait achèvement (1 an, tous les désordres signalés à la réception ou pendant l'année) et la garantie biennale (2 ans, les équipements dits « dissociables »).
La distinction entre équipement dissociable et indissociable (articles 1792-2 et 1792-3 du Code civil) détermine quelle garantie s'applique. Un équipement est indissociable — donc potentiellement décennal — si sa dépose ou son remplacement ne peut se faire sans détériorer l'ouvrage support : un plancher chauffant noyé dans la chape, une canalisation encastrée, un carrelage scellé au mortier. À l'inverse, un chauffe-eau posé, un mitigeur ou des volets vissés se démontent sans toucher au gros œuvre : ils relèvent de la biennale.
Qui est concerné ?
- Tous les constructeurs au sens large : maçons, charpentiers, couvreurs, plombiers, électriciens, chauffagistes, menuisiers, carreleurs…
- Y compris les micro-entrepreneurs : le statut ne dispense de rien.
- Les sous-traitants ne sont pas soumis à l'obligation légale d'assurance décennale envers le maître d'ouvrage, mais leur contrat peut exiger une assurance de responsabilité adaptée : vérifiez le marché et votre assureur.
Les sanctions : deux régimes distincts
Travailler sans l'assurance décennale obligatoire (article L241-1 du Code des assurances) est un délit pénal : jusqu'à 75 000 € d'amende et 6 mois d'emprisonnement, prévus par l'article L243-3 du même code. Et en cas de sinistre non assuré, c'est votre patrimoine personnel qui paie la reconstruction : pour un désordre structurel (fissures en escalier, affaissement de fondation), l'indemnisation se situe couramment entre 15 000 et 25 000 €, hors frais d'expertise (800 à 2 000 €) — et bien davantage en cas d'effondrement ou de reprise en sous-œuvre.
Une seconde sanction, distincte et souvent ignorée, punit non pas l'absence d'assurance mais l'absence de justificatif : depuis la loi Macron du 6 août 2015 (article L243-2 du Code des assurances), l'attestation doit être jointe à chaque devis et chaque facture. Omettre cette mention — même quand vous êtes bien assuré — expose à une amende administrative distincte, prononcée par la DGCCRF : jusqu'à 3 000 € pour un artisan individuel et 15 000 € pour une société, par document non conforme.
Combien ça coûte ?
Le tarif dépend du métier, du chiffre d'affaires, de l'expérience et des antécédents : comptez de l'ordre de 600 à 1 500 € par an pour un micro-entrepreneur en second œuvre (peinture, carrelage), et de 1 500 à plus de 3 000 € par an pour les métiers structurels (maçonnerie, charpente, couverture). Faites jouer la concurrence, mais méfiez-vous des contrats low-cost aux exclusions multiples : c'est au moment du sinistre qu'on découvre la différence.
Comment vérifier l'attestation d'un confrère ou sous-traitant
Depuis le 1er juillet 2016, les attestations doivent suivre le modèle standardisé fixé par l'arrêté du 5 janvier 2016 : identité de l'assureur et de l'assuré, numéro de police, période de validité, activités professionnelles garanties et étendue géographique du contrat y figurent obligatoirement. Vérifiez que l'activité exacte du chantier (maçonnerie, couverture, électricité…) figure bien parmi les activités garanties : une attestation générique ne protège pas si le sinistre survient sur une activité non listée. En cas de doute, contactez directement l'assureur mentionné — ses coordonnées figurent sur l'attestation — pour confirmer la validité du contrat à la date des travaux.
Déclarer l'ouverture de chantier : une formalité à ne pas oublier
Sur les chantiers soumis à permis de construire ou d'aménager, le maître d'ouvrage dépose une déclaration réglementaire d'ouverture de chantier (DROC) en mairie dès le démarrage des travaux : c'est cette date que l'assureur retient pour fixer le point de départ de la couverture décennale en cas de sinistre. Sur les chantiers sans permis (petits travaux, second œuvre), gardez une autre preuve datée du démarrage — bon de commande signé, ordre de service, première facture d'acompte — pour éviter toute contestation ultérieure sur la date réelle d'ouverture.
Sur vos documents, automatiquement
Dans NovartisanPro, vous renseignez une fois votre assureur, votre numéro de contrat et la zone couverte : la mention décennale apparaît automatiquement sur chaque devis et chaque facture, au bon endroit. Une obligation de moins à laquelle penser — et un gage de sérieux que vos clients remarquent.
Questions fréquentes
La décennale couvre-t-elle tous les désordres ?
Non. Elle vise les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Les désordres mineurs relèvent d'autres garanties ou de la responsabilité contractuelle.
Un micro-entrepreneur du bâtiment doit-il être assuré ?
Le statut n'exonère pas de l'obligation d'assurance lorsqu'elle s'applique à l'activité exercée. La couverture doit être souscrite avant l'ouverture du chantier.
Un sous-traitant doit-il souscrire une décennale ?
Il n'est pas soumis à l'obligation légale de souscrire une décennale envers le maître d'ouvrage, mais ses obligations contractuelles et sa responsabilité peuvent justifier une assurance spécifique.
Que faire si un sous-traitant ne peut pas présenter d'attestation valide ?
Ne le laissez pas intervenir sur un ouvrage soumis à la décennale sans couverture adaptée : votre propre responsabilité de donneur d'ordre peut être questionnée en cas de sinistre. Exigez l'attestation avant le démarrage et conservez-la dans le dossier chantier.
L'assurance décennale suit-elle l'artisan ou le chantier ?
Elle est liée au contrat souscrit par le constructeur au moment des travaux et couvre l'ouvrage réalisé pendant 10 ans, indépendamment d'un changement ultérieur d'assureur pour son activité courante.
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